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Le beau temps et un projet immobilier en cours ne font pas bon ménage avec la culture d’un blog… Entre les sorties, les week-end prolongés, les travaux dans la maison, ca n’aide pas  !

Par contre mes lectures se portent bien… et j’ai envie de faire le point sur mes lectures du mois !

Mes derniers coups de coeur portent sur la rentrée littéraire 2009 :

Ce que je sais de Véra Candida de Véronique Ovaldé : j’ai adoré !
Jan Karski de Yannick Haenel : un point de vue sur la Shoah passionnant
La pluie avant qu’elle tombe de Jonathan Coe : dévoré aussi (très émouvant)

Sinon en vrac :

Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy  : se lit très bien (mais pas en étant déprimée par contre)
La vie en sourdine
de David Lodge (début et fin du roman : passages très bien vus sur la surdité mais milieu un peu chiant)
La solitude des nombres premiers de Paolo Giordano (difficile de s’attacher aux personnages… mais pas mal)
Battements d’ailes de Milena Agus (un peu trop léger…)
Le meilleur reste à venir de Sefi Atta (un peu inégal, mais quelle découverte d’un pays d’Afrique en dehors des clichés que l’on peut avoir ! je vais essayer de vous en parler car je trouve qu’il sort du lot des romans que je lis habituellement)
Le cerveau de Kennedy de Henning Mankell (une grande déception… Un peu trop à la sauce « Jean-Christophe Rufin », je ne m’attendais pas du tout à ca)

Sinon relecture de la trilogie A la croisée des mondes :  j’ai redévoré le 1er tome mais ai été un peu déçue par les deux suivants !

Bref, va falloir rattraper le retard ! Je vais essayer de mes coups de coeur déjà (sauf si vous êtes intéressée par un de ces romans of course).

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Chers lecteurs,

J’ai lu Le Monde d’hier de Stefan Zweig qui m’a fait une forte impression. J’ai regretté que cette lecture ne me fut pas conseillée lors de l’étude des guerres mondiales au lycée ou en prépa car le livre met très bien en exergue l’état d’esprit des européens pendant cette période et regorge d’anecdotes, de réflexions acérées sur la vie au début du siècle et permet de mieux comprendre cette période mouvementée et tragique.

En effet, comme il le dit si bien :

Or l’expérience a montré qu’il est mille fois plus facile de reconstituer les faits d’une époque que son atmosphère morale ; celle-ci ne se manifeste pas dans les évènements officiels, mais bien plutôt dans de petits épisodes personnels, tels ceux que je voudrais apporter ici.

il aura réussi dans son livre à dépeindre et nous faire vivre l’atmosphère de ce début du siècle.

Que dire à part qu’il faut le lire si vous êtes curieux car vous en apprendrez beaucoup sur l’enseignement scolaire à la fin du XIXe siècle, sur l’approche de la sexualité, sur l’importance du vêtement dans la vision qu’on a de la femme, sur les cafés viennois, sur l’intégration des juifs en Autriche, sur l’européanisme des artistes, sur les années folles, sur l’inflation terrible de la monnaie, etc… et ce, d’une manière extrêmement vivante.

Sur le fond, il hésitera entre nostalgie du passé et conscience de la morale étouffante de la fin du XIXe siècle. Il aura été également visionnaire dans sa description  du « nouveau monde du XXe siècle » : la montée du contrôle de la circulation des hommes (Il n’y avait pas de permis, pas de visas, pas de mesures tracassières…) ,  l’attrait de la jeunesse qui a comme corollaire le respect de la vieillesse, de la maturité et de l’expérience de la fin du XIXe siècle (Toute la génération décidait d’être plus juvénile..)

Pour ceux ou celles qui ont lu Balzac le roman de sa vie, j’ai mieux compris les obsessions de Stefan Zweig sur « l’atelier d’écriture » des grands écrivains : il collectionnait les ébauches des romans, les manuscrits.

Plusieurs réflexions permettent aussi de saisir sa vision du génie littéraire.Par exemple,  il parlera de Hofmannsthal, qui sera, contrairement à Balzac, le parfait exemple du génie qui éclora à partir de sa seizième année, sans avoir eu à se frotter au monde… Et plus tard dans le livre, on comprendra également que Stefan Zweig attendra d’avoir traduit des chefs d’œuvre, d’avoir visité le monde avant de se considérer comme véritable écrivain, un parfait parallélisme entre lui et Balzac…

La voie m’était ouverte. J’avais commencé de publier presque trop tôt, en étant cependant intimement convaincu qu’à vingt-six ans je n’avais produit d’oeuvres véritables.

Bref, il continue d’osciller entre son admiration du génie pur et l’importance du travail, du labeur de la langue !

Je me suis également reconnue dans le lecteur impatient qui n’aime pas les longueurs, les redondances, le peu de dynamisme dans un roman. Ce livre me donne encore plus envie de lire ses biographies historiques.  Car il aura réussi ici à dépeindre à partir de ses souvenirs toute une époque. Qu’est-ce que cela doit être passionnant de découvrir ses biographies de Marie-Antoinette, de Casanova, ou encore d’Erasme !

Bref, une lecture très intéressante, mais plus dense, un peu moins facile à lire que Balzac, le roman de sa vie.

Comme Caroline, j’ai corné  beaucoup de pages !

A découvrir !

Les avis de Karine, Caroline, et sûrement plein d’autres avec le challenge Ich Liebe Zweig !

Chers lecteurs,

J’ai été « déconcentrée » dans mon début de lecture du Monde d’hier de Stefan Zweig par un livre que l’on m’a prêté : Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows.  Je vous rassure tout de suite, cela ne m’a retardée que de deux jours, tellement ce livre se lit vite (allez zou, encore un livre à classer dans Lectures de vacances, lectures légères !).

J’avais une petite appréhension car les livres qui ont un succès presque unanime ne me plaisent pas toujours !

Finalement, je me suis laissée prendre au jeu, goûtant au charme un peu désuet et charmant de ces échanges épistolaires (dire qu’à une époque, on correspondait uniquement par lettres, que le téléphone n’était pas encore un  moyen de communication courant…), découvrant l’histoire de l’occupation de l’île de Guernesey pendant la seconde guerre mondiale (toujours eu envie d’y passer quelques jours de vacances, envie, qui, vous vous en doutez bien, a été renforcée par cette lecture !) , suivant avec intérêt les histoires des membres du cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates (notez les différences dans le titre et le nom exact de ce cercle), riant aux comptes-rendus très personnels de lectures de chefs d’oeuvres littéraires de personnes peu habituées à la lecture etc…

Bref, malgré des facilités dans les intrigues (je mets en petit pour les personnes qui ne veulent pas en savoir trop sur le dénouement des ladites intrigues)

(un peu moyen l’histoire d’amour qu’on ne voit pas du tout venir entre Juliet et Dawsey et qui tombe comme un cheveu dans la soupe, un peu moyen également Juliet qui s’occupe de Kit une petite orpheline alors que personne ne la connait encore vraiment sur l’île, un peu moyen également Juliet qui se met en tête d’adopter ladite petite fille dont elle s’occupe depuis quelques mois à peine )

malgré des termes un peu inattendus (on parle à plusieurs reprises de travailleurs esclaves pour les travailleurs forcés au titre du STO, c’est la première fois que j’entendais ce terme, il  décrit certes mieux les conditions effroyables de ces personnes forcées à travailler que le terme de « requis du STO » ou « travailleurs du STO », mais j’ai trouvé ce terme complètement inattendu, c’était comme si on ne parlait pas de la même chose, je ne sais pas comment expliquer…),

j’ai été conquise par ce bel hommage à la lecture, par la fraîcheur du récit , par le côté « douillet » et « sympathique » des personnages (sauf quelques uns, le roman n’est pas tombé dans le travers « bisounours »),  et le conseillerai également autour de moi, car c’est une lecture plaisante, si on n’est pas trop difficile et trop exigeante quant à la profondeur du récit et à la richesse du style, un peu comme un chocolat fourré qu’on croquerait avidement sans trop réfléchir… et non pas comme un bonbon qu’on laisserait lentement fondre dans sa bouche…

J’ai d’ailleurs été étonnée de voir que ce livre avait été écrit très récemment et en plus, par deux américaines, j’avais comme l’impression de lire un récit délicieusement désuet et « so british » (j’ai parfois pensé par exemple aux Quatre filles du docteur March et aux romans d’Agatha Christie), et pour cela, je trouve le livre somme toute assez réussi !

Les avis des blogueurs sur Blog-O-Book que je vais m’empresser de regarder !

Chers lecteurs,

Alice au pays des merveilles

Alice aux pays des merveilles - Editions Corentin

Au salon du livre de Paris, je me suis laissée tenter par Les Aventures d’Alice au Pays des Merveilles dans les éditions Corentin. Avec tout le ramdam autour du film en 3D de Tim Burton (réalisateur que j’adore !), j’ai eu envie d’abord de relire Alice au Pays des Merveilles et d’ensuite d’aller voir la version burtonienne (qui est apparemment ratée… ).

Je me souvenais vaguement de l’histoire, contrairement à tous mes coups de coeur de mon enfance, je ne l’avais  pas vraiment apprécié, je ne l’avais pas lu et relu comme tant d’autres. Je me suis dit que c’était parce que j’étais trop jeune pour comprendre la richesse du récit, les jeux de mots (d’ailleurs je suis toujours aussi nulle pour reconnaître les jeux de mots !) et qu’il fallait redonner une seconde chance à ce livre !

Résultat : je n’ai pas changé de goût depuis mon enfance (ce n’est pas comme la soupe !) !  Je l’ai lu avec intérêt, mais je n’ai pas ressenti de grâce, de plaisir à le lire.  J’étais contente de voir les personnages connus de tout le monde prendre vie dans le livre : le lapin, le chapelier, la reine…, mais je les ai trouvé falots.  J’étais contente de voir que les jeux de mot étaient signalés en italique (fort heureusement avec le peu d’affinités que j’ai avec les jeux de mot!) mais ils m’ont laissés de glace, je m’attendais à plus de poésie… J’étais contente de suivre les péripéties d’Alice, mais j’ai trouvé ses réactions et ses émotions un peu trop simples, je ne me suis pas du tout identifiée à Alice (peut-être est-ce là toute la distance entre une petite fille de fin XIXe siècle et la petite fille que je fus).

J’ai trouvé les illustrations très sombres, très mélancoliques voire désenchantées, tout à l’opposé à mon avis de la vision de Burton d’Alice au Pays des Merveilles d’après le peu que j’ai pu voir !  Cela m’a peut-être confortée dans ma lecture un peu tristoune d’Alice aux Pays des Merveilles, qui sait ?

Par contre, l’édition est une pure merveille : le livre est reliée et a une très belle jaquette illustrée par Arthur Rackham. Les pages sont bien épaisses et se laissent feuilleter avec plaisir.

Bref, une petite déception, mais j’étais contente de redécouvrir l’oeuvre de Lewis Carroll et pense même lire la suite (même pas peur !).

Dans le même genre (un enfant qui se retrouve embarqué dans un autre monde, jeu de mot à la pelle et évènements cocasses), je garde un souvenir émerveillé du 35 mai d’Erich Kästner et pensais ressentir la même chose avec Alice aux Pays des Merveilles… Raté !

Et vous, ce livre faisait-il partie de votre panthéon littéraire ou de vos souvenirs d’enfance ?

Les avis des blogueurs / blogueuses sur Blog-O-Book

Chers lecteurs,

Grâce à ce roman, je vais étrenner une nouvelle rubrique : la rubrique des lectures de vacances, lectures légères.

En effet, même si je porte une affection particulière pour les livres bien écrits, qui ont un univers particulier, qui font réfléchir, qui se méritent, qui ont du style, j’ai aussi un faible pour les lectures faciles, qui tiennent tellement en haleine qu’on a du mal à reposer le livre (genre grosse ficelle : l’héroïne va-t-elle mourir ? va-t-on trouver le meurtrier ? ) tant que ce n’est pas trop mal écrit et trop léger (par exemple, je ne peux pas supporter Marc Levy… ah les goûts et les couleurs…)  . Voila, c’est dit et avoué !

Comme vous l’avez deviné, Un monde sans fin en fait partie.

C’est un énorme pavé de 1300 pages qui fait suite aux Piliers de la terre. Ken Follett y raconte toujours la vie de Kingsbridge avec comme personnages les descendants de Dame Aliena et de Jack le Bâtisseur. Mêmes ficelles, mêmes types de personnages, mêmes intrigues politico-religieuses, dire qu’on n’est absolument pas dépaysé pour ceux qui ont lu Les Piliers de la terre est un euphémisme ! Mais on se prend au plaisir de s’engouffrer dans la vie du 13e siècle à la sauce de Ken Follett. Ce qui  donne des choses un peu anachroniques : le féminisme avec Caris, future Simone de Beauvoir qui se révolte contre la mainmise masculine du pouvoir,  des innovations très avant-gardistes avec la séparation des malades des bien portants à l’hospice, masque et gel anti-bactérien à base de vinaigre pour contrer la grippe A, oups, non pardon, la peste noire…

Mais cela reste plaisant, rondement mené quoique un peu long, avec sa galerie de personnages pittoresques quoique très manichéens.  A la fin, Ken Follett s’essouffle et perd de son souffle romanesque : il bâcle certains épisodes et conclut par… une fin ratée que je ne raconterai pas pour ne pas décevoir les futurs lecteurs !

Je ne me souviens plus suffisamment des Piliers de la Terre (lu l’année dernière pourtant !) pour savoir si c’est mieux ou moins bien, en tout cas, ça se laisse lire et dévorer comme des frites au restaurant.

Chers lecteurs,

L'enchanteresse de Florence en poche Après la claque que j’ai eu à la lecture des Enfants de Minuit, j’ai acheté avec plaisir L’Enchanteresse de Florence en poche ! A noter que la couverture est très belle…

Les mots prononcés par une langue d’argent peuvent aussi ensorceler.

J’ai trouvé ce livre très agréable à lire, très enchanteur, il est construit sous forme de poupées gigognes : plusieurs histoires s’imbriquent et plusieurs parallèles se forment entre les différentes histoires, et moi… j’adore ! Tout est en double : Angelica / Qara Köz et le miroir, le Squelette et le Matelas etc…, tout est affaire de transformation (Dame Yeux noirs qui devient Angelica, Ucello di Firenze qui devient Mogor dell’amore qui devient Nicollo Vespucci…),  de création ou de recréation (Jodha créée à partir du rêve de l’empereur // le palais des souvenirs, une femme dont les souvenirs ont été effacés pour devenir le réceptacle de souvenirs d’un autre etc…).

Les êtres humains n’étaient jamais des créatures simples, disait Hamida Bano à Gulbadan, ils étaient pluriels, leur vie était constituée de forces multiples qui dépendaient les unes des autres et si vous secouiez hardiment une branche de cet arbre, vous ne saviez jamais quel fruit allait tomber sur la tête.

Autre particularité : une page entière est consacrée au titre du chapitre, titre qui est constitué du début de la première phrase du chapitre  et on se met à rêver en tournant la page….

Ma préférée est la suivante :

Sur les bords de la Caspienne, les vieilles sorcières aux pommes de terre

Je ne saurais pas bien résumer ce livre car le fil directeur du roman n’est pas toujours très bien défini, on ne sait si c’est l’étranger qui se donne plusieurs noms au fur et à mesure du roman ou si c’est l’empereur moghol qui est le héros de l’histoire, on est perdu dans tous les noms des personnages qui changent, on ne sait plus qui est le narrateur, on est totalement « mené » par Salman Rushdie dans les innombrables histoires ! En 4e de couverture, on parle de Salman Rushdie comme étant une « moderne Shéhérazade » et c’est plutôt bien trouvé !

En cela, il diffère beaucoup des Enfants de minuit qui penche plus vers le « réalisme magique » que L’Enchanteresse de Florence qui lui a plus la forme de conte…

Par contre, j’ai retrouvé avec plaisir l’humour caustique de Salman Rushdie, pour cela, rien de tel qu’une petite citation qui est  une description lapidaire de  la religion catholique  » Et toi, avec tes trois dieux, un charpentier, son père et un fantôme, sans parler de la mère du charpentier en guise de quatrième divinité, […] » description qu’il oppose à celle du panthéon oriental : « dieux licencieux, coléreux, joueurs, amoureux« .

Bref, une très belle lecture, différente de celle des Enfants de minuit mais tout autant enrichissante et plaisante !

Pour celles et ceux qui ont aimé Chocolat amer ou Le coeur cousu, je pense que ce roman devrait vous plaire, par contre, il faut prévoir du courage pour entrer dans le livre, ce n’est pas toujours une lecture facile, c’est une lecture qui se mérite !

L’avis de Casanova et de  Grominou qui ont beaucoup aimé !

Bonjour chers lecteurs !

Malgré mon absence sur la blogosphère,  j’ai avancé dans mon challenge puisque j’ai terminé Balzac ou le roman d’une vie de Stefan Zweig !

Café Balzac

Café Balzac en Allemagne

Clin d’oeil ou coup de destin, là ou j’ai passé mes vacances (en Allemagne pour ne rien vous cacher), j’ai découvert une chaîne qui s’appelle Balzac Coffee ! Bon, plutôt que clin d’oeil ou coup de destin, je dirai finalement une très belle illustration de mon sentiment à la lecture de Balzac ou le roman d’une vie : je l’ai lu avec un vif intérêt pour Balzac plus que pour Stefan Zweig (désolée pour les ferventes admiratrices de Stefan Zweig !), ce qui est tout à l’avantage de Zweig qui parle trèèèèèès bien de Balzac.

En effet, la vie de Balzac vue par Stefan Zweig est magnifiquement illustrée de multitudes d’anecdotes, et d’extraits de ses romans  et surtout très bien  racontée : Balzac a eu une vie très complexe et mouvementée. Je ne dévoilerai pas tout mais en tout cas cela m’a permis de mieux comprendre son œuvre !

De plus, du fait d’une vie extraordinairement riche, ce livre se lit effectivement comme un roman comme dit le titre, on suit avec plaisir l’évolution et le cheminement de Balzac, on frémit à la lecture de ses mésaventures et de ses malheurs (il sera constamment endetté et va s’embarquer dans des galères incroyables pour gagner de l’argent) , on est heureux de voir qu’il réussit à se faire connaître, on découvre sa manie et son admiration pour la grande noblesse, on découvre également l’antre de la création littéraire (il n’écrit que la nuit à l’aide de litres et de litres de café, fait des corrections à n’en plus finir) … Bref, tout pour me plaire, moi qui ai lu pas mal de livre de Balzac et qui suis une inconditionnelle du roman (je lis très rarement des essais et des biographies) !

Petit bémol, j’ai trouvé que Stefan Zweig se répétait souvent, qu’il avait également du mal à prendre parti, peut-être en raison d’une personnalité mouvante et complexe ?

Je donne un exemple :
– Il souligne au début de son livre que Balzac s’abrutit à écrire « des romans de gare » pour gagner de l’argent et que cela a sali son génie d’écriture, détruit la perfection de ses romans.

Il est bien resté de cette sinistre aventure un peu de boue collée à ses vêtements, quelque chose comme l’odeur douceâtre de ces bordels de la littérature dont il fut habitué. […] Balzac ne s’est jamais tout à fait débarrassé dans ses romans de cette facilité de feuilleton, de ses invraisemblances, de son épaisse sentimentalité.

Et pourtant, à plusieurs reprises, il souligne ô combien furent importantes et décisives ses années de dur labeur pour découvrir « la vraie vie » et utilisera très souvent le mot « chef d’œuvre ».

C’est seulement après que son imagination s’est amalgamée avec la réalité et l’a pénétrée, que peut être créée cette merveilleuse substance des romans de Balzac, cette mixture parfaite de réalisme et de fantaisie.

A plusieurs reprises également, il souligne le paradoxe entre l’ambition folle et démesurée de Balzac de devenir riche, célèbre et important (il va s’embarquer dans des entreprises hasardeuses avec urgence et sans préparation pour gagner un maximum d’argent, il va tout donner pour faire partie de la grande noblesse,  va plusieurs fois hésiter à prendre la voie de l’écriture pour satisfaire ses ambitions) et la conscience que Balzac a de de l’immensité et de l’importance de son projet, lui qui va passer quasiment toutes ses nuits de sa vie à écrire des chefs-d’œuvre et à créer la Comédie humaine.

La création littéraire n’était pas pour lui une nécessité et il ne la sentit jamais comme une mission.  Il considérait qu’écrire était une des nombreuses possibilités qui s’offraient à lui pour percer, pour dominer le monde par l’argent et la gloire.

Peu de temps avant la citation ci-dessus, il venait de dire :

C’est seulement dans la lutte acharnée qu’il a senti sa force et en même temps reconnu la condition péremptoire pour emporter un succès décisif : concentrer et tendre sa volonté vers un but unique et dans une seule direction.

La justesse de la conclusion ci-dessous est décisive dans la compréhension de Balzac, monstre littéraire (quand je pense le nombre de romans qu’il a écrit, on en reste sans voix : 137 romans et nouvelles !) :

Son génie véritable résidait dans la volonté et on peut appeler hasard ou destin, ad libitum, le fait que cette volonté s’est justement appliquée à la littérature.

On comprend mieux  la difficulté de la tâche d’écrire la biographie de Balzac qui est remplie de paradoxes : jamais il n’aurait autant écrit s’il n’était pas poussé par ses créanciers à payer ses dettes,  jamais il n’aurait  puisé la nourriture nécessaire à la création de ses romans s’il n’avait été contraint de se « prostituer » en écrivant des milliers et des milliers de lignes de romans sentimentaux, jamais il ne serait devenu écrivain s’il avait réussi par d’autres voies d’assouvir ses ambitions….

Difficile à dire et à raconter tant on a envie de penser que les génies littéraires ont un destin pré-destiné, qu’il écrivent pour la beauté de la chose sans arrière pensée tels que richesse et gloire !

Une excellente lecture, je remercie les instigatrices de ce challenge : je n’aurais jamais pensé à lire ce genre de livre et je n’en suis plus que ravie d’avoir découvert la vie de Balzac !

Les avis enthousiastes de Picwick et de Keisha, il me semblait avoir vu un autre compte-rendu, mais je ne trouve pas 😦

[Edit : Keisha souligne à juste titre qu’il s’agit d’une publication posthume,  à la fin du livre se trouve une note de l’éditeur qui explique la genèse de ce livre qui n’a pas été terminé par Stefan Zweig, ce qui explique très certainement l’impression que j’ai eu de redites et de flou dans les jugements de Stefan Zweig]